CONFERENCE DE FATOUMATA KEÏTA

Publié le par Association Mali Melo

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  RENCONTRE AVEC

Fatoumata KEITA, auteure malienne,

Autour de son livre Sous fer

Mardi 11 février 2014

Médiathèque de Vézeronce-Curtin

Organisation par l’Association MALIRA, la médiathèque de Vézeronce-Curtin et MALI-MELO (Comité de Jumelage avec a commune du Logo –Mali – et Vézeronce-Curtin)

Une cinquantaine de participants.

Questions variées et nombreuses.

Compte-rendu rédigé par Françoise Barnier-Derriennic (MALI MELO), validé par Fatoumata Keita, M.Annick Romieu-Girard (MALIRA) et Eliane Buyat (MALI-MELO).

 

Situation du Mali

- Objectif actuel : la réconciliation sociale et le développement économique du Nord.

Fatoumata Keïta a applaudi à l’intervention SERVAL de la France au Mali. L’humain est à mettre avant l’intérêt. Mais dans toute entreprise humaine, il faut savoir mettre les limites. L’intervention française n’est pas bonne dans la durée. La France doit poser ses limites afin que le Mali prenne ses responsabilités.

Ce qui va être difficile : la réconciliation après les violences aux et par les populations du Nord. A Kidal, les rebelles font ce qu’ils  veulent et les limites qui ne doivent pas être dépassées sont à déterminer par l’Etat malien.

- Les problèmes de sous-développement sont partout dans le Mali mais prennent des aspects différents dans le Mali du Centre (région de Bamako où la vie est meilleure) et le Mali périphérique. Le Mali du Nord est enclavé et aride, et nécessite donc un traitement spécial.

Interculturel

- Les préjugés proviennent du fait que l’on ne se connaît pas. Ils existent dans toutes les populations  (les Blancs par rapport aux Noirs, les Noirs par rapport aux Blancs,  etc.)

            - Attention aux généralisations qui font « passer à côté » des                   personnes.

            - Au Mali, le poids des traditions est énorme, et la punition pour ne pas les avoir suivies est l’exclusion, il est donc très difficile de résister à cette pression sociale.

            - En zone urbaine, ce poids est moins lourd, mais la personne est plus isolée et doit se débrouiller seule, ce qui ne correspond pas aux repères qui lui ont été donnés dans son milieu d’origine.

            - Quand une personne est exclue, elle ne peut absolument pas participer aux décisions collectives, elle est condamnée à « vivre sa vie de blanc », ce qui lui est intolérable et génère une grande culpabilité.

            - Face à ce poids social, la personne exclue doit chercher un équilibre, construire ses priorités, choisir les gens avec qui elle veut vivre.

- Exemple de préjugés des femmes maliennes sur les femmes françaises : les femmes françaises sont libertines et obligent leur mari à faire le ménage, les enfants sont mal éduqués car ils font ce qu’ils veulent, les « blancs » parlent de tout ce qui leur passe par la tête.

L’excision

- Sens de cette pratique : il n’existe pas d’explication vraiment reconnue comme valable.

Une approche anthropologique se fonde sur le fait que « tout être nait bisexuel ». Donc, pour être une femme ou un homme « complet(e) », il faut enlever la partie restante de l’autre sexe, c’est-à-dire être circoncis ou excisée. Cette pratique permet ensuite de marquer les rites de passage tout au long de la vie.

Cette pratique est extrêmement ancienne, très enracinée, on n’en connaît plus les origines mais elle structure un ordre social et l’on ne sait pas par quoi la remplacer.

Si une mère s’oppose à l’excision de sa fille, elle risque d’être rejetée car son enfant ne lui appartient pas, il appartient à la communauté.

Autrefois, l’excision avait lieu vers 14-16 ans, mais maintenant, il n’y a pas d’âge (peut se faire dès la première année). L’évolution actuelle s’oriente vers un aménagement entre la tradition et la science : on ne peut couper « qu’un petit peu » et cette pratique peut se faire à l’hôpital.

- Sur le plan législatif, certains pays comme le Sénégal, le Burkina ont interdit cette pratique. Au Mali, cette interdiction était introduite dans le projet de Code de la Famille, mais ce projet, sous la pression des personnes religieuses descendues dans la rue, n’a pas été voté.

La polygamie

- Au Mali, l’homme choisit la monogamie ou la polygamie au moment de son mariage.

La polygamie n’est pas inscrite en tant que telle dans le Coran. Toute religion, toute culture, toute pratique sociale est le résultat de syncrétisme, et ce dans le monde entier. Dans une culture, tout est nuancé.

La société malienne est de plus en plus monogamique. Est-ce un bien ? Est-ce un mal ? Ce qui est important, c’est le bien-être humain.

D’autre part, après les différentes évolutions du comportement humain (liberté sexuelle - polyandrie - polygamie - monogamie - ?), quelle sera la prochaine pratique ?

- L’Afrique, comme ailleurs, s’ouvre à l’extérieur, les sujets tabous changent, les jeunes discutent beaucoup entre eux maintenant, ils ont accès aux discussions sur internet, etc. Mais pour que les habitudes changent, il faut des comportements anticonformistes au sein de la société.

- D’une organisation communautaire, l’habitat évolue vers la structuration d’« une famille, un toit » et vers la location. Fatoumata est en train d’étudier les changements de mentalités que ceci induit.

La scolarisation

- Pour Fatoumata, les statistiques concernant les taux de scolarisation sont sur-évaluées pour faire plaisir aux bailleurs de fonds.

- Le préalable à toute lutte ou évolution est l’accès à l’école de toute la population.

- L’école est obligatoire au Mali et a une bonne image car grâce à elle, les anciens esclaves sont devenues des élites. Mais les distances posent de gros problèmes en zone rurale.

- Dans le cadre de la décentralisation, les écoles sont construites par les mairies qui paient aussi les enseignants. Ces derniers sont rémunérés de manière très inégale selon les communes. Ce qui provoque beaucoup d’absentéïsme. Le problème d’entraide entre communes se pose.

- L’enseignement primaire est dispensé au début en langue locale (nombreuses au Mali ; 14 sont reconnues officiellement mais certaines notions, scientifiques en particulier, sont impossibles à décrire en langue locale) puis  en français. En 6ème, les élèves se retrouvent tous dans les mêmes classes et l’enseignement est en français mal maîtrisé. Ce problème de diversité des langues est très difficile à gérer. Le problème de décrochage scolaire est important.

 

L’échange s’est ensuite poursuivi sur le parcours personnel de Fatoumata.

Elle a commencé très tôt à écrire des poèmes, mais ses conditions de vie ont arrêté cet élan jusqu’à ce qu’elle retrouve ses parents. Un enseignant remarqua sa facilité à rédiger des vers et lui conseilla de s’orienter, après son baccalauréat, vers des études littéraires à l’Université de Bamako où elle obtient son diplôme de socioanthropologie.

Enseignante et journaliste, elle a aussi travaillé à la radio, ce qui lui a permis de se faire connaître. Ses ouvrages sont lus au Mali

Elle n’a pas publié de poèmes. Elle a commencé par des essais, a écrit plusieurs recueils de nouvelles avant de publier, en 2012 , son premier roman, Sous fer, paru en France aux éditions de l’Harmattan

 

DOS DE COUVERTURE DU LIVRE

KEÏTA Fatoumata, Sous fer , Paris, L’Harmattan, 2013

Deux générations, deux tentatives de conduire sa vie sans sacrifier aux exigences d'une société dans laquelle la famille décide pour l'individu.

Fanta et Kanda, mariés sous le régime de la monogamie contre la volonté de la famille de Kanda, en subissent les conséquences tous les jours. Victimes d'une exclusion que rien ne semble pouvoir remettre en cause, ils élèvent leur fille Nana dans un cadre apparemment affranchi des pesantes traditionnelles. Destinée à des études de médecine, protégée de l'excision (la « mise sous fer») par sa mère dont le travail consiste à sensibiliser la population sur ses conséquences, Nana semble avoir échappé à l'emprise d'autrui sur sa vie. Pourtant, les contradictions de chacun de ses parents la mettront au centre de la tension entre respect des coutumes et désir d'émancipation.

Fatoumata Keïta pose à sa manière intimiste, mesurée et non moins franche, un regard sociologique sur la société malienne, où l'excision participe comme d'autres pratiques au contrôle de la femme.

 

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